Chapitre 14

 

 

 

Cultiver ou ne pas cultiver son jardin ?

 

Version anglaise

 

Devant l'invraisemblable retour de Pangloss, Martin, Candide et Fortuné Bigboss oublièrent sur-le-champ leurs déboires religieux.

Candide : " Comment avez-vous pu échapper à la mort, mon bon maître ? "

Pangloss : " De la manière la plus naturelle qui soit ! Un rouleau énorme m'a soulevé et transporté, en quelques minutes, du rivage au sommet d'une haute colline. Le rouleau m'a déposé délicatement dans une cocoteraie et s'est retiré calmement. Là, un cocotier a malencontreusement heurté mon crâne. Mon crâne a résisté. Dans mon crâne, mon cerveau a formé un gros hématome qui m'a rendu amnésique. Mon amnésie m'a conduit dans un hôpital. L'hôpital, au bout de quelques mois, m'a rendu la mémoire. Ma mémoire m'a permis de vous rechercher. Et de vous retrouver. Avec bonheur. Qui oserait prétendre, après cela, que tout n'est pas organisé dans le meilleur des mondes possibles ? "

Candide : " Vous avez bien raison, mon bon maître. Comme toujours, votre raisonnement est admirable ! Et irréfutable ! "

Pangloss : " Racontez-moi donc comment vous avez vous-mêmes échappés à la mort. Et que s'est-il passé depuis ? "

Les rescapés lui contèrent comment ils s'étaient retrouvés, par miracle, au sommet de cocotiers dans un motu.

Pangloss : " En définitive, pour vous comme pour moi, tout est bien qui a bien fini dans le meilleur des mondes possibles. Et ensuite ? "

Ses compagnons entreprirent de lui raconter les évènements qu'ils avaient vécus depuis sa disparition.

Candide : " Nous avons visité un pays peu gâté par la nature mais fort bien soutenu par la communauté internationale, le Bangladesh..."

Martin : " ... Dévasté par les hommes et périodiquement par les éléments ".

Candide : "... Que les institutions internationales aident à s'en sortir en finançant le creusement de millions de puits ..."

Martin : " ... Inestimable avantage, plus on construit de puits, plus on cancérise la population ! "

Pangloss : " Il est hélas inévitable que chaque médaille ait son revers ".

Ils évoquèrent ensuite l'endroit et l'envers de l' île de Bali.

Candide : " C'est l'inverse du Bangladesh : une nature paradisiaque, des habitants à l'unisson et des "fous de dieu" qui s'acharnent à tout détruire ".

Martin : " Ces "fous de dieu" ou plutôt " fous du diable " ne sont que des hommes ordinaires avec leurs habituelles passions destructrices. L'homme n'est pas exactement un agneau pour l'homme ".

On en vint à la civilisation contemporaine.

Fortuné Bigboss décrivit les immenses progrès accomplis dans tous les domaines depuis deux siècles et demi.

Candide : " Tous les nouveaux modes de transports, si rapides et confortables : chemins de fer, automobiles, avions, bateaux ..."

Martin : " Ces transports sont, en effet, véritablement miraculeux. Ils ont maintenant la capacité remarquable d'engendrer, sans aucune difficulté, d'énormes catastrophes ferroviaires, des dizaines de milliers de morts sur les routes, des crashs, des Titanics et de gigantesques pollutions côtières ! "

Candide : " La radio, la télévision, le téléphone, permettent aussi de transformer notre vaste monde en un village mondial ... "

Martin : " Où les masses, admirablement dressées par les médias, ne sont plus guère que des éponges imbibées de football, de jeux et de chansonnettes ".

Candide : " ... Ces médias permettent néanmoins de diffuser l'information et la culture dans les coins les plus reculés de notre planète ".

Martin : " Certes ! L'écume de l'actualité et une inculture télévisuelle sans limite ".

Fortuné Bigboss, tentant de s'interposer : " C'est le verre à moitié plein ou à moitié vide ".

Pangloss : " D'après tout ce que j'entends, il semblerait que les choses aient beaucoup progressé sur cette terre ".

Candide : " Oui. La population, par exemple, a cru de façon fantastique ..."

Martin : " ... Six à sept milliards d'individus. C'est tout à fait merveilleux. Petit problème : les quatre cinquièmes d'entre eux souffrent de la faim ..."

Candide : " ... Les grandes religions aussi se sont considérablement développées ... "

Martin : " ... C'est exact. Léger ennui également : leur intolérance et leur fanatisme habituels ont prospéré non moins considérablement ".

Fortuné Bigboss : " Nous avons parcouru bien des continents, étudié bien des religions ..."

Martin : " Convenez que le résultat est édifiant ! Plus les croyances se répandent, plus elles oppriment. En même temps que les populations ont cru, leur intolérance s'est accrue. Les dieux se disputent les croyants comme les commerçants la clientèle. Chacun recrute pour sa boutique : Jésus pour son père, Mahomet pour Allah, Bouddha pour le Petit et le Grand Véhicule..."

Martin, désabusé : " Croyez-moi. Ce que nous avons de mieux à faire, c'est de retourner cultiver notre jardin ! "

Fortuné Bigboss : " Et ignorer vos contemporains ? Il vous reste pourtant bien des choses intéressantes à voir sur cette terre ".

Pangloss : " Vous avez raison, mon cher hôte. Nous n'allons pas nous décourager parce que quelques milliards d'individus se sont attardés sur le chemin du progrès ! Faisons confiance à l'homme et à la nature qui, dans sa clémence, je vous le rappelle, nous a sauvé la vie à tous ".

Le sceptique Martin dut se ranger à l'avis de ses compagnons et à l'inébranlable optimisme du philosophe Pangloss. Ils décidèrent donc de continuer à visiter la petite planète terre du troisième millénaire.

 

Chapitre 15 : Le sexe des anges

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