Chapitre 2

Eloge de la démocratie
Fortuné Bigboss: " Puisque nous sommes en France, je vais vous raconter la démocratie française ".
Martin: " Si je ne m'abuse, une démocratie est un régime politique où le peuple exerce lui-même sa souveraineté ".
Fortuné Bigboss: " Ce n'est pas si simple. Les Français élisent des représentants lesquels prennent toutes les décisions ".
Martin: " Pourquoi ? Les Français sont-ils immatures et incapables de prendre seuls les décisions importantes qui les concernent ? "
Fortuné Bigboss: " Ce n'est pas cela. On considère, à juste titre, que les Français sont tout à fait capables de désigner des intermédiaires pour décider à leur place ".
Martin: " Mais pas de décider eux-mêmes ? "
Candide: " On choisit vraisemblablement les individus les plus intègres pour les représenter ! "
Pangloss: " Et ces représentants respectent scrupuleusement les engagements qu'ils ont pris vis-à-vis de leurs électeurs ! "
Fortuné Bigboss: " Vous simplifiez trop les choses ! En réalité, les électeurs ont un très vaste choix. Ils peuvent choisir, lors des élections, pour les représenter, entre Pierre, Paul ou Jacques ..... "
Martin: " Et si Pierre, Paul ou Jacques ne leur semblent pas intègres ou ne leur plaisent pas ? "
Fortuné Bigboss : " Tant pis pour eux ! Ils n'ont pas d'autre choix. Ou sinon, ils peuvent toujours s'abstenir. Sans être pénalisés. C'est une prérogative que leurs représentants leur ont accordé et qui n'existe pas partout ".
Candide:" Bien sûr, ces représentants du peuple tiennent toujours leurs promesses ? "
Fortuné Bigboss : " Uniquement lorsque cela les arrange. Rien ne les y oblige ".
Pangloss : " Les hommes étant naturellement bons, je suis convaincu que les représentants du peuple sont entièrement désintéressés et beaucoup plus soucieux des intérêts de leurs électeurs que de leur carrière personnelle ! "
Ils furent interrompus brusquement par l'arrivée d'un cortège de voitures rutilantes précédées de motards aux uniformes magnifiques.
" C'est le préfet " leur annonça Fortuné Bigboss.
Des discussions s'engagèrent entre le Préfet et le Président de la F.N.P.I.C. (la Fédération Nationale des Producteurs Indépendants de Cornichons). Au bout de trois heures d'âpres palabres, les pourparlers n'avaient pas abouti. Le Préfet et sa suite disparurent. Les otages furent retenus pendant trois jours et trois nuits et dormirent à tour de rôle dans le taxi.
Candide s'étonnait: " Qu'avons-nous à faire dans ce conflit ? Pourquoi nous retiennent-ils ? "
Martin: " Parce que nous sommes leurs otages ! "
Candide : " Oui. Mais pourquoi sommes-nous leurs otages ? "
Martin : " Parce que pour négocier en position de force, il faut bien retenir des otages ! "
Pangloss: " Admirable ! C'est bien le meilleur des raisonnements possibles ! "
Le Préfet revint le quatrième jour avec sa suite rutilante et ses motards décoratifs. La discussion fut brève. Pourvu d'instructions ministérielles strictes, le Préfet signa un accord avec le Président de la F.N.P.I.C.
Les otages furent libérés.
Pangloss : " Vous voyez ! Tout s'arrange avec de la bonne volonté ! "
Martin : " Et surtout beaucoup d'argent ! N'est-ce pas Monsieur Bigboss ? "
Fortuné Bigboss, qui s'était informé : " En effet. L'état va rembourser aux producteurs la différence de prix entre le cours normal du cornichon et le cours désastreux d'aujourd'hui. De surcroît, il s'engage, afin de soutenir les cours futurs, à promulguer un décret contraignant les restaurateurs à fournir des cornichons avec tous leurs plats de viande et tous leurs hors-d'oeuvre ".
Candide: " C'est vraiment beau la démocratie, Maître Pangloss ! "
Pangloss: " Admirable ! "
Ils reprirent la route vers la capitale. Martin, curieux des moeurs démocratiques de la France interrogea à nouveau leur guide:"Comment les députés français sont-ils élus?"
Fortuné Bigboss : " Un soupçon d'arithmétique vous fera comprendre. Les Français peuvent voter à partir de 18 ans, soit 75 % de la population. Environ 85 % sont inscrits sur les listes électorales. 65 % d'entre eux s'expriment en moyenne. 25 % de ces derniers votent pour un parti qui va l'emporter. Avec 10 % des voix (25 % de 65 % de 85 % de 75 % ) un parti prend le pouvoir.
Martin : " Ainsi, les représentants de 10 % des Français votent des lois auxquelles doivent obéir 100 % des Français. 90 % des Français ont le bonheur d'être dirigés, sans les affres ni les travers de la liberté, par les représentants d'une minorité de 10 % qui gère leur vie comme bon leur semble ? "
Fortuné Bigboss : " C'est la démocratie ........ "
Martin : " ...... française ! On m'a parlé d'une démocratie voisine, bien différente, qui existe en Suisse ".
Fortuné Bigboss : " C'est exact. Il s'agit d'un système politique très archaïque qu'on nomme la démocratie directe. Qui ne concerne que quelques millions d'individus aux moeurs attardées. Imaginez des citoyens de base, de toute évidence mal informés, décidant eux-mêmes du montant du budget de leur commune ou de leur canton, de leurs accords commerciaux, de leur politique étrangère, de leurs règles économiques, politiques, sociales, etc...!!! Bref, ces citoyens décident de tout, à tort et à travers, sans l'indispensable concours de leurs représentants, bien mieux qualifiés qu'eux pour connaître leurs besoins et leurs désirs ".
Martin : " De plus, on les importune sans cesse par des "votations" où ils doivent eux-mêmes prendre les décisions qui concernent leur existence ! "
Fortuné Bigboss : " Heureusement, les représentants des Français, par compassion pour leurs électeurs, leur évitent ces corvées. Ils ne leur demandent, strictement, que de voter pour les mettre en place. Ils se chargent, avec un désinteressement total, du reste " .
Leur taxi arrivait à Paris et s'était immobilisé à un feu rouge. Soudain, ils entendirent des coups de feu. Nos voyageurs, curieux, descendirent de leur taxi. Des individus masqués sortaient précipitamment d'une banque. Des policiers qui les guettaient, à l'extérieur, se précipitèrent pour les arrêter. Nos héros ne comprirent pas pourquoi les policiers leur passèrent des menottes comme aux malfaiteurs.
Accusés de complicité, nos voyageurs embarquèrent dans un fourgon de la police qui les emmena, sans coup férir, à la prison de la Santé.
Chapitre 3 : Eloge de la justice
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