Chapitre 3

 

 

Eloge de la justice

 

Version anglaise

 

Fortuné Bigboss qui, par une heureuse circonstance, s'était éloigné de notre trio, n'avait pas été interpellé par les policiers. Au bout de quelques jours, grâce à ses relations haut-placées, Fortuné Bigboss réussit à obtenir un droit de visite pour le frondeur Martin.

Il apprit ainsi à ce dernier que s'il avait été arrêté, ainsi que ses deux compagnons, c'était à la suite d'une dénonciation des malfaiteurs qui avaient dévalisé la banque. Ils escomptaient ainsi diluer leur responsabilité.

Martin : " Ainsi, une simple accusation, sans aucune preuve, suffit à vous faire inculper ... et emprisonner ? "

Fortuné Bigboss : " Hélas oui! Vous êtes entré dans le collimateur de la Justice. C'est très dangereux. On peut même dire irréversible ".

Martin : " Comment irréversible ? "

Fortuné Bigboss : " Eh oui! Vous passez du statut de citoyen à celui de justiciable ".

Martin : " Qui en décide ? "

Fortuné Bigboss : " Le juge d'instruction, souverainement ".

Martin : " Sans preuve ? Sans m'avoir entendu ? "

Fortuné Bigboss : " C'est la loi ".

En vertu de la loi, Martin attendit 37 jours avant d'être présenté au juge. Celui-ci, surchargé de dossiers, consentit à le recevoir pendant quelques minutes, en présence d'un avocat commis d'office. Ce dernier, un homme terriblement pressé, avait conseillé à son client d'avouer pour obtenir la sympathie du magistrat, qui avait horreur des dénégations des inculpés. Martin était un inculpé. Martin, mauvaise tête, refusa d'avouer sa culpabilité au magistrat. Celui-ci, courroucé de ce manque de coopération, renvoya donc l'inculpé croupir à nouveau dans sa geôle.

Le sort de Candide fut édifiant.

Son compagnon de cellule, un redoutable récidiviste, se mit en tête de le violer. Candide, peu réceptif à cette tradition carcérale, tenta de s'y dérober. S'ensuivit une bagarre épique et l'arrivée, en pleine nuit, des geôliers. Très mécontents, on le serait à moins, d'avoir été réveillés en pleine phase de sommeil paradoxal, les gardiens refusèrent d'écouter les explications de Candide et l'emmenèrent immédiatement au "mitard". En attendant de comparaître devant le tribunal, Candide, dangereux trublion, effectua sa détention dans les quartiers de haute sécurité.

Quant à Maître Pangloss, un séjour dans les geôles de la République n'affecta pas son inaltérable optimisme. Son voisin de cellule, un délinquant professionnel, purgeait une peine de huit ans de réclusion. Maître Pangloss lui expliqua, avec beaucoup de persuasion, que sa peine étant pleinement méritée, son séjour en prison était entièrement justifié. Et qu'ainsi, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Son voisin en convint. Néanmoins, il ne comprenait pas pourquoi Maître Pangloss, un innocent, lui tenait compagnie dans sa cellule. Maître Pangloss lui expliqua, derechef, que, tout étant pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, un accident pouvait survenir. Mais l'ordre naturel des choses allait se rétablir. Maître Pangloss avait tout à fait confiance. Tout allait s'arranger. Tout devait s'arranger !

Au bout de six mois, alternant les séjours en cachot et en cellule, au gré des humeurs de leurs gardiens, nos trois voyageurs virent arriver le jour du procès. On les emmena dans la salle d'audience pleine à craquer. Leur avocat, qu'ils avaient vu rarement et toujours rapidement, avait été remplacé par un avocat réputé que Fortuné Bigboss leur avait procuré. Leur avocat, lorqu'il les vit, les encouragea, leur indiquant que le Président du Tribunal venait de l'informer qu'un coup de theâtre venait de se produire. Il n'en savait guère plus.

Lorsque l'audience se déroula, ils apprirent, avec stupéfaction et bonheur, que les malfaiteurs qui les avaient accusés de complicité s'étaient querellés. Ils se rejetaient mutuellement les responsabilités du hold-up et étaient revenus sur leurs accusations. Nos trois héros n'étaient donc plus coupables de complicité et leur bonne foi était reconnue.

Pas si vite ! On ne met pas impunément le doigt dans l'engrenage de la Justice.

Eu égard à la mauvaise conduite de nos trois voyageurs dans un établissement pénitentiaire où ils avaient résidé pendant six mois et bien que leur innocence dans le hold-up fût reconnue, ils écopèrent de six mois de prison, sans sursis. Comme ils venaient de purger, préventivement, leur peine, tout était bien qui finissait bien. Les justiciables n'avaient pas fait un jour de prison de plus que leur condamnation. L'honneur de la Justice était sauf.

La Justice de la République était passée.

 

Chapitre 4 : Les triomphes du ballon rond

Table des matières

Page d'accueil