Chapitre 10

 

 

Une nature de rêve

 

 

Version anglaise

Le duo obstinément optimiste de Candide et de son bon maître Pangloss décida de quitter la terre d'Afrique. Non pas que les démocraties africaines les eussent déçus ! Ils pensaient, avec indulgence, que les grenades et les kalachnikovs, d'utilisation quotidienne dans les démocraties africaines, ne semblaient guère, tout simplement, adaptés à l'état de nature.

Fortuné Bigboss leur proposa donc de se rapprocher de la nature.

" La terre, leur expliqua-t-il, est considérée, par certains chercheurs imaginatifs, comme un gigantesque organisme vivant, Gaia, à l'instar des organismes vivants, végétaux ou animaux. Depuis 250 ans, continua-t-il, la connaissance humaine a considérablement progressé sur notre terre ".

Martin : " Disons plutôt que l'ignorance humaine a légèrement régressé ! "

Fortuné Bigboss : " On ne conçoit plus, vaniteusement, notre planète bleue comme unique dans l'univers, avec de bizarres créatures humaines qui s'y entassent de plus en plus. On a découvert, non loin de nous (astronomiquement parlant, c'est-à-dire à quelques milliers d'années-lumière), plusieurs dizaines de planètes. Il apparaît également probable qu'il en existe des milliards , rien que dans la Voie Lactée, notre galaxie familière. Et donc des myriades de frêles êtres pensants à travers l'univers ".

Enchantés par leurs nouvelles connaissances et la perspective euphorique d'innombrables foules, naturellement optimistes, dans un monde démesurément élargi, nos héros se laissèrent piloter par leur hôte.

Fortuné Bigboss résolut de leur faire visiter les sites réputés comme les plus enchanteurs de notre minuscule planète, les plages-cocotiers des Caraïbes et de Polynésie.

Quelques milliers de misérables dollars plus tard, quatre puissants moteurs à réaction les transportèrent aux portes du paradis. Non sans avoir joui des mille attentions d'hôtesses ravissantes, aux petits soins pour des touristes voyageant en classe non-économique. Avec champagne et caviar à profusion.

Pangloss : " Quelle magnifique chose, ce tourisme de masse, que vous nous avez tant vanté, Fortuné ! "

Candide : " Les terriens ne sont donc pas partout si malheureux ! "

Fortuné Bigboss : " C'est un peu excessif de qualifier notre façon de voyager de tourisme de masse. Ce serait plutôt du tourisme de Jet-Society ".

? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

Nos candides voyageurs descendirent dans un palace à Porto-Rico où de zélés serviteurs se mirent en quatre pour rendre leur séjour aussi délicieux que possible.

Les chambres étaient vastes et ensoleillées avec de magnifiques terrasses abondamment fleuries donnant sur un océan étincelant de couleur indigo.

Ils demeurèrent huit jours dans ce superbe palace, choyés par une cohorte de serviteurs dévoués à la magie du dollar.

La semaine suivante, un immense paquebot, d'un blanc immaculé, aux immenses salons d'un luxe raffiné, les transporta d'île en île dans la mer des Caraïbes. Ils firent de nombreuses escales dans les îles des Petites Antilles, les Grenadines, la Barbade, les Antilles françaises et les Iles Vierges d'où ils regagnèrent Porto-Rico.

Fortuné Bigboss ne voulant pas assombrir le voyage de ses invités évita de leur faire visiter les îles d'Haïti et de Cuba. Dans ces deux îles, selon lui, si la nature est magnifique, la condition des habitants est misérable.

Pangloss et Candide : " Pourquoi ? "

Fortuné Bigboss : " Dans l'une, les gouvernants sont entièrement corrompus, dans l'autre, ils affichent une intégrité et une austérité tapageuses ".

Martin : " Avec un résultat identique .......... la misère ".

Fortuné Bigboss leur proposa de quitter l'océan atlantique pour se rendre dans une région paradisiaque de l'océan pacifique, la Polynésie française.

Quelques jours plus tard, ils atteignirent Tahiti d'où un petit avion les emmena au coeur d'un minuscule lagon féérique, Bora Bora "Perle du Pacifique".

Des paillottes d'un confort inouï, installées sur pilotis, les accueillirent. Seuls des milliardaires pouvaient se permettre un séjour dans ces paillottes au coût astronomique. Fortuné Bigboss, milliardaire en dollars (américains cela va de soi) était indifférent à de telles considérations mesquines.

Tous jouirent, pendant quelques jours, des délices de ce paradis, des plages de sable blanc, des eaux limpides remplies d'innombrables poissons multicolores, des cocoteraies luxuriantes.

L'optimisme de Candide et de maître Pangloss était à son comble. Martin se taisait, fasciné par tant de beauté.

Le sixième jour, à quelques centaines de kilomètres de Bora Bora, une île volcanique surgit des abysses. Un tsunami de trente mètres de hauteur déferla sur l'océan dit pacifique et quelques heures plus tard atteignit Bora Bora. Les paillottes disparurent. Fortuné Bigboss, Martin et Candide se retrouvèrent, on ne sait par quel miracle, perchés au sommet de cocotiers, dans un motu. Maître Pangloss avait disparu, probablement noyé, bardé de son inébranlable optimisme.

 Chapitre 11 : Un baillement de Gaia

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