Chapitre 11

Un baillement de Gaia ( la planète terre )
La situation élevée de Candide, perché au sommet d'un cocotier, après la déferlante du tsunami, ne l'empêcha pas d'avoir un moral très bas après la disparition de son bon maître Pangloss.
Ses compagnons, moins affectés, s'efforcèrent de le ramener sur terre et à son optimisme naturel.
Fortuné Bigboss : " Il ne s'agit, après tout, que de dommages collatéraux consécutifs à la naissance d'une nouvelle île magnifique, peut-être un Bora Bora bis ! "
Martin de renchérir : " Je suis convaincu que votre bon maître Pangloss n'aurait pas manqué de tirer une conclusion tout à fait positive de ce regrettable évènement".
Candide : " S'il était resté vivant ! Ce qui n'est pas le cas ! "
Ce ne fut pas le cas non plus de plusieurs milliers de polynésiens noyés qui, comme Pangloss, n'eurent pas le loisir d' exprimer leur optimisme.
Toujours paternel, Fortuné Bigboss, d'un coup d'aile et de quelques nouveaux milliers de dollars, emmena ses compagnons à Sydney. De là, ils se rendirent dans le bush désertique où les derniers aborigènes disparaissaient petit à petit, contrariant furieusement les objectifs de multiples associations de sauvegarde.
" Ici, expliquait Fortuné Bigboss, les hommes, comme la nature, sont pacifiques ".
Martin : " Comparé aux violences humaines que nous avons connues en Afrique, c'est un véritable paradis ici ! ".
Candide : " Et à la violence de Gaia à Bora Bora, qui m'a privé de mon cher compagnon Pangloss ! Mais ce continent si calme me semble complètement désertique ! "
Fortuné Bigboss : " Souhaitez-vous vous rendre dans un pays très peuplé de la planète, avec une densité de population de 1.000 habitants au km2 ? "
Martin et Candide : " Oui ! Oui ! "
D'un nouveau coup d'ailes et d'autres poignées de dollars, ils rejoignirent Dacca, la grouillante capitale du Bangladesh.
Fortuné Bigboss commenta : " Ce pays s'étend sur les deltas du Gange et du Brahmapoutre. C'est un des pays les plus peuplés et les plus pauvres de la terre ".
Martin : " La pauvreté est-elle le corollaire inéluctable de la surpopulation ? "
Fortuné Bigboss : " C'est discutable. Nous avons les contre-exemples de villes ou d'états comme Hong-Kong et Singapour
Candide : " La pauvreté serait-elle le fruit de la corruption ? "
Fortuné Bigboss : " ????? La corruption est très prospère ici, comme ailleurs, ni plus, ni moins; bien moins en tout cas qu'en Afrique ".
Ils entreprirent la visite, par voie d'eau, des deltas et des terres cultivées situées à peine à trois mètres au-dessus du niveau de la mer. L'immensité des terres était ponctuée de millions de pompes manuelles. Ils apprirent que la construction de plus d'un million de puits avait été financée par des dons de l'Unicef, avec l'aide de la Banque Mondiale.
Candide : " Vous voyez bien qu'il ne faut pas désespérer de la nature humaine puisque l'entraide internationale se manifeste jusqu' ici ! "
Martin, nouvellement informé : " L'aide internationale à la cancérisation des populations ".
Candide : " Comment cela ? "
Martin : " Les experts internationaux qui ont fait construire les nouveaux puits ont tout simplement accru l'empoisonnement des populations en négligeant sereinement l' insalubrité de l'eau. Les eaux des puits viennent des sources himalayennes du Gange et du Brahmapoutre. Elles sont chargées d'arsenic qui se dépose dans les couches alluviales des deltas. Plus on pompe, plus on empoisonne les populations. Un puits de plus, c'est, à terme, de nombreux cancéreux en plus. Les experts ont été très performants. Mais pas exactement comme on le croit généralement ! ".
Candide, atterré : " L'enfer des bonnes intentions ! "
Fortuné Bigboss : " On a quand même réalisé de bonnes choses, l'aide à la micro-économie par exemple ".
Martin " La micro-économie ? "
Fortuné Bigboss : " Ce sont des micro-prêts qui permettent à des centaines de milliers de minuscules entreprises individuelles de se créer et de prospérer ".
Martin : " Et qui maintiennent sans doute leurs propriétaires à la limite de l'indigence ! "
Candide : " Avec de la bonne volonté et l'aide internationale, le Bangladesh doit arriver à s'en sortir ".
Fortuné Bigboss : " Peut-être ".
Martin : "Topographiquement, le Bangladesh est très vulnérable. Il est soumis régulièrement, sans aucun moyen de protection, aux cyclones et aux inondations. C'est là que l'aide internationale fait défaut ".
Candide : " Elle viendra sûrement un jour ".
Il ne vint que ce qui était sûr.
En baillant, Gaia expulsa un cyclone. Ce cyclone engendra un raz-de-marée. Ce raz-de-marée envahit les deltas. Les deltas et les moissons disparurent sous les eaux. Plusieurs centaines de milliers de Bangladais furent sauvés du cancer mais pas de la mort.
Les experts internationaux et la Banque Mondiale conclurent que, cette année-là, le P.I.B. du Bangladesh allait chuter de quelques points.
Chapitre 12 :
Une civilisation humanitaire