Chapitre 12

Une civilisation humanitaire
Le brave Candide et ses compagnons de voyage quittèrent une contrée, à coup sûr délaissée par Gaia, le Bangdladesh, pour une terre chérie des dieux. Bali, avec ses habitants aux moeurs si douces, allait mettre un peu de baume au coeur de nos voyageurs. Pendant deux jours, ils parcoururent une île paradisiaque, aux rizières en terrasses et aux paysages sereins.
Le troisième jour, les dieux abandonnèrent Bali. Des " fous de dieu ", ou du diable qui sait ?, vinrent y exercer leurs talents. Avec des moyens sommaires, une camionnette et des bâtons de plastic, ils accomplirent un véritable exploit : pas moins de 200 morts expédiés en un instant dans un autre monde, sans doute meilleur, outre des centaines de blessés.
Martin : " L'homme n'est pas un agneau pour l'homme ! "
Fortuné Bigboss : " Plutôt un loup ".
L'optimisme de Candide vacillait : " Au Bangladesh, nous avons éprouvé la violence de la nature, ici celle des hommes "
Fortuné Bigboss: " Que faire ? Où aller ? "
Martin : " Croyez-moi ! La meilleure solution serait de laisser les terriens à leur sort et de quitter cette triste planète. Nous avons été heureux pendant 250 ans. Si nous souhaitons continuer à être heureux, abandonnons donc ces malheureux et allons soigner nos roses et nos oignons ! "
Candide, désabusé : " Oui ! Retournons cultiver notre jardin. C'est sûrement le conseil que nous aurait donné mon bon maître Pangloss .... S'il était encore vivant ! "
Fortuné Bigboss : " La civilisation humaine a néanmoins incontestablement progressé depuis votre retraite ! Des quantités d'inventions ont embelli la vie des hommes. De nombreux transports, chemins de fer, avions, bateaux, automobiles, leur facilitent la vie. De magnifiques découvertes et d'innombrables inventions comme l'électricité, la radio, la télévision, le téléphone rendent la vie humaine plus agréable. Le niveau de vie des populations, leurs connaissances, leur santé, leur éducation, leur longévité ... se sont beaucoup améliorés ".
Martin : " Vous avez tout à fait raison. De considérables progrès ont effectivement été accomplis ! Des morts par milliers sur des Titanics insubmersibles qui coulent à leur première navigation, des accidents ferroviaires aux dégâts impressionnants, des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers d'handicapés sur toutes les routes du globe, des avions qui explosent ou se crashent.... Des bombes nucléaires qui performent les bombes atomiques. Des armes chimiques et biologiques de plus en plus efficaces. Magnifique bilan ! Quant au niveau de vie et aux maladies, quels merveilleux progrès ! La peste et le choléra, ces fléaux, ont pratiquement disparu. Malheureusement, tout à fait malencontreusement, des dizaines de millions de terriens ne meurent que du paludisme, du sida et d' inopportunes affections bactériennes et virales. On peut déplorer peut-être également que trente millions d'individus, enfants, femmes et vieillards, meurent de faim chaque année. Sans doute, leur santé trop précaire laisse-t-elle à désirer !
Quant à l'éducation, ses progrès sont tout aussi remarquables. Anaphalbétisme et intolérance sont ses deux mamelles. Hindouistes qui carbonisent des musulmans. Et vice-versa. Bombes islamistes qui pulvérisent les infidèles. Et réciproquement. Catholiques qui terrorisent des protestants. Et inversement. Sectes de tous poils qui prolifèrent, en abusant des cerveaux les plus fragiles.
Quant à la longévité accrue des populations, elle profite surtout à leurs cancers, ostéoporoses et autres maladies d'Alzeimher ".
Candide : " Vous noircissez beaucoup le tableau ! "
Martin : " Croyez-vous ? Ouvrez donc la télévision le soir. C'est TELE-MALHEUR , la planète dans tous ses états : ouragans, crimes, séismes, escroqueries, inondations, corruptions, catastrophes, guerres, cyclones, terrorismes. Cette nomenclature est bien loin d'être complète ... "
Candide : " Vous ne voyez que le mauvais côté des choses. Votre verre est à demi-vide. Le mien est à demi-plein ".
Le verre à demi-plein de Candide se vida brusquement. Une fièvre élevée, d'origine inconnue mais à l'efficacité redoutable, le terrassa en quelques heures. Ses compagnons décidèrent de le faire transporter d'urgence dans un grand hôpital new-yorkais, les hôpitaux balinais leur inspirant, bien à tort évidemment, une confiance assez réduite.
Pendant trois semaines, Candide se débattit entre la vie et la mort contre une affection mystérieuse, vraisemblablement d'origine tropicale. Après de grands efforts et le dévouement de toute une équipe médicale, Candide sortit du coma, reprit connaissance et se rétablit rapidement.
Candide se préparait à quitter l'hôpital lorque ses médecins diagnostiquèrent une rechute. Ce n'était que le revers inévitable de la médaille. Candide venait de contracter une maladie nosocomiale. Il réussit, grâce à son équipe médicale, à surmonter cette nouvelle épreuve qui le laissa épuisé. Une meute d'avocats se bouscula immédiatement à son chevet, le pressant d'attaquer l'établissement hospitalier pour négligence, lui faisant miroiter de considérables dommages-et-intérêts. Candide les chassa.
Candide : " Des vautours ! Ce sont des vautours ! Ils voudraient que j'attaque ceux qui m'ont sauvé la vie ! "
Martin : " Ce sont de simples hommes d'affaires. Avec comme seule religion, le dollar ! "
Insensibles à la religion du dollar, Martin et Fortuné Bigboss emmenèrent le bon Candide se rétablir, loin des adeptes zélés du veau d'or.
Chapitre 13 :
Du paradis d'Allah au Nirvana