Chapitre 13

 

Du paradis d'Allah au Nirvana

 

Version anglaise

Fortuné Bigboss emmena ses compagnons dans une résidence qu'il possèdait dans le verdoyant état du Vermont.

En peu de temps, Candide retrouva ses forces et son sourire. Oubliées les colères des éléments et les férocités humaines. Sa nature optimiste reprit rapidement le dessus :

" Voyez comme la nature est magnifique ici. Un véritable coin de paradis ! "

Martin : " Un minuscule lopin de terre sur une non moins minuscule boule de terre perdue à travers un vaste univers d'hydrogène ".

Candide : " Certains affirment, néanmoins, que le phénomène humain représente le " point Oméga " de l'évolution biologique ".

Martin : " Belle affirmation ! Homo sapiens sapiens peut bien parader. Avoir acquis en 1 à 2 millions d'années la bipédie, le langage et un cerveau un peu dilaté, la belle affaire ! "

Fortuné Bigboss : " Il y a tout de même une grosse différence entre un être humain et un ver de terre ! "

Martin : " Une grosse différence ? Le lombric ou ver de terre possède la plupart de nos organes, une bouche, un anus, un intestin, des vaisseaux sanguins qui fonctionnent comme des branchies avec un beau sang incolore ou vert. Cet animal, très malin, s'est débrouillé pour devenir hermaphrodite et ainsi il s'accouple mieux que l'homme et bénéficie d'une fécondation réciproque ".

Candide : " Il n' a pas de cerveau ? "

Martin : " Bien sûr que si mais plus petit que chez l'homme, ce qui lui permet de mener une vie heureuse, sans les tourments de la psychanalyse et les affres existentielles ".

Le bel optimisme de Candide connaissait un sérieux revers. Il décida de réagir :

" Les êtres humains ont pourtant tenté de comprendre l'univers où ils vivent ".

Martin : " Oui ! Ils ont tout à fait réussi, depuis des millénaires, à élaborer des mythes bizarres. Et chacun de ces mythes revendique de détenir " La Vérité ".

Fortuné Bigboss : " Et la science, est-ce aussi un mythe ? "

Martin : " D'un autre ordre. Actuellement, sur notre fragile planète perdue au sein de milliards de milliards de galaxies, les hommes ont la conviction naïve que l'univers a été créé pour leur dérisoire destin..

Et au box-office de la foi règne, aujourd'hui, le top three de l'islamisme, du christianisme, de l'hindhouisme et du bouddhisme. Avec une extraordinaire multitude de croyances plus ou moins étranges ".

Fortuné Bigboss : " Voulez-vous que nous nous intéressions de plus près au top three ? "

Martin et Candide : " Oui ! Oui ! "

Ils rejoignirent Bénarès, ville sainte pour les hindouistes et les bouddhistes. A l'aube, ils se rendirent sur les rives du Gange pour assister aux crémations. Des milliers de mendiants, sébiles à la main, assemblés le long de kilomètres de rues, recueillaient les roupies que les pélerins leur dispensaient.

Un brahmane consentit à sortir de sa méditation pour leur vanter sa religion. Il déroula fièrement le bric-à-brac des croyances ( traduction hindoue de superstitions ) de sa foi : délires sacrés des Veda et de l'Upanishad, panthéon des dieux (Indra, Brahma, Vishnou, Shiva), l'atman-brahman, l'échappatoire au cycle infernal des morts et des renaissances par le Petit ou le Grand Véhicule. Et, en apothéose, l'atteinte du Nirvana éternel.

Le bonhomme, exalté, décrivit la cohorte des inombrables tendances et sectes qui développaient la pensée hindoue : wishnouisme, castes et sous-castes, usuriers, tantristes, artisans, bouddhistes et anti-bouddhistes, agnostiques, fonctionnaires repus, shivaïstes, cosmogonistes, krishnaïstes, intellectuels et paysans, fakirs, rajahs et parias, dévots .... interminable liste.

Nos pauvres voyageurs, n'en pouvant plus, s'enfuirent. Non sans avoir assisté au passage d'un intouchable, que le brahmane accueillit d'un crachat et d'un superbe mépris, puis d'un musulman qu'il foudroya d'un regard haineux. Ce dernier le lui rendit avec ardeur. Sans doute y avait-il entre eux quelques milliers de morts défenestrés, décapités et/ou brûlés.

Fortuné Bigboss et ses compagnons s'empressèrent d'abandonner ces lieux inamicaux pour d'autres, vraisemblablement plus accueillants.

D'un coup d'aile, ils parvinrent au centre de la chrétienté. A Rome, ils assistèrent à l'une des innombrables cérémonies où le représentant du Créateur sur notre insignifiante planète prononçait une homélie. Les péchés véniels de la Sainte Eglise au cours de son histoire ne retinrent guère son attention, comme celle de ses prédécesseurs : les bûchers de l'Inquisition et le sort emblématique de Giordano Bruno, les huit croisades qui mirent à mal les incroyants ou mal-croyants, musulmans et juifs qui avaient la tare impardonnable d'être indifférents ou hostiles au credo chrétien. Le pape se félicitait des progrès de la foi dans les régions où régnaient en maître l'ignorance et l'analphabétisme, Amérique latine, Afrique ... et déplorait sa régression dans les sociétés occidentales avancées où fleurissent la tièdeur, l'inacceptable laïcité ou même un athéisme criminel. Il rappela la multitude des miracles avérés de la chrétienté, dont sont naturellement dépourvus les autres religions :

la venue du véritable Fils de Dieu sur terre, l'Immaculée Conception, la Résurrection, la Déception, l'Ascension, l'Assomption, l'Innovation, la Sainte Trinité ... Il insista sur l'enseignement du Christ et sa compassion, les épisodes regrettables des Croisades et de l'Inquisition n'étant que de négligeables bavures collatérales du passé.

Martin, bien renseigné, livra à ses compagnons un aperçu des innombrables sectes qui concurrençaient celle qui avait le mieux réussi sa percée dans l'histoire et accru de façon fantastique sa part de marché, la secte catholique :

les protestants, les adventistes, les dentistes, les intégristes, les prêtres pédophiles, les pentecôtistes, les excommuniés, les pâquistes, les surdoués et les sous-doués, les réformés, les énarques et autres oligarques, les Moons, les déprimés, les enfants du Messie, les évangélistes, les hérétiques, les témoins de Jéhovah, les contre-témoins de Jéhovah ......

Eberlués par ce déluge de sectes et de miracles incontestables ( et contestés ) nos voyageurs renoncèrent à visiter le haut-lieu français du miracle, Lourdes, où des foules de pélerins attestaient chaque année de la bienveillance attentive du Seigneur pour leurs misères quotidiennes.

La troisième grande croyance ( au sens hindou ) humaine, objet de leur curiosité était l'Islam. Un milliard de musulmans, à travers la planète, adhéraient à cette foi. La diversité de leurs écoles n'avait rien à envier aux croyances concurrentes : chiites, intégristes, hystériques, wahhabites, noirs et jaunes, fondamentalistes, yéménites, séniles, sunnites, soufis, ravis et bouffis, obèses et maigrichons, érudits et abrutis, neurasthéniques et optimistes .... le spectre était large.

Fortuné Bigboss proposa à ses compagnons de se rendre auprès d'un uléma marocain, hadj, revenu depuis longtemps de La Mecque. Ce saint homme leur expliqua le Coran, sa charia et les cinq piliers des croyants. Il leur parla des persécutions subies par les musulmans de la part des Incroyants au cours des âges ( les huit croisades sanguinaires des Infidèles chrétiens ), des massacres perpétrés par les hindous contre les Croyants et leur juste punition par le Djihad. Il leur expliqua la vision de l'ange Gabriel par le prophète Mahomet et la diffusion de la Foi en Allah, le véritable Dieu, le Dieu exclusif, le Dieu unique, par les mollahs à travers la planète.

Nos voyageurs étaient perplexes. Que croire et qui choisir ? Jésus ? Mahomet ? ou Bouddha ? Allah ? Jéhovah ou Shiva ? La Sainte Trinité, l'ange Gabriel ou le Grand Véhicule ?

Fortuné Bigboss leur rappela que si ces trois croyances ( au sens hindou ) règnaient en maître, nombre d'autres se disputaient les croyances des pauvres terriens : le paganisme, le crétinisme, l'animisme, le marxismeléninismestalinismemaoismecastrismecoréismeinfantilisme et des ismes .... et des ismes .... et des ismes ....

Martin eut une idée de génie : " Tirons au sort le vainqueur ! "

Ils discutaient encore de l'opportunité de cette solution lorsque Candide poussa un cri :

" Pangloss, mon bon maître ! "

Pangloss, l'inaltérable professeur d'optimisme venait de réapparaître.

 

Chapitre 14 : Cultiver ou ne pas cultiver son jardin

Table des matières

Page d'accueil