Chapitre 8

 

L'état de nature

Version anglaise

En quelques coups d'ailes, nos héros atterrirent sur la terre d'Afrique.

Nos optimistes voyageurs étaient persuadés qu'ils retrouveraient là, sur cette terre proche de la nature, une véritable humanité, naturellement bonne, loin des perversions des prétendues civilisations.

Fortuné Bigboss leur apprit les dernières avancées de la science sur les origines africaines des Hominidés et même d'Homo sapiens sapiens.

Candide : " Sans remonter à la fable biblique du jardin d'Eden, a-t-on mis en évidence, chez nos ancêtres, cette fibre fraternelle, l'amour de leurs prochains ? "

Fortuné Bigboss : " Certes, mais elle est singulière. Il est avéré que les Homo sapiens, puis les Néandertaliens et enfin nos proches ancêtres, se délectaient en dégustant le cerveau de leurs congénères ".

Pangloss : " C'est le signe qu'ils appréciaient leurs semblables ! ".

Martin : " C'est le moins qu'on puisse dire ".

Candide : " Voyons ce qu'il en est aujourd'hui ".

Fortuné Bigboss les avait emmenés dans la capitale d'un état de l'ouest africain qu'il avait beaucoup fréquenté lors de sa carrière passée.

" Ici, leur expliqua-t-il, le pays regorge de richesses minières et pétrolières. C'est un des pays les plus riches du monde ".

Martin : " C'est paradoxal. Les habitants nous semblent si pauvres, si démunis de tout. Ils circulent sur des ânes, de vieilles carrioles et des automobiles brinquebalantes ".

Fortuné Bigboss : " Je n'ai pas dit que les habitants étaient riches mais leur pays ".

Candide : " Je ne saisis pas bien la différence ".

Fortuné Bigboss : " C'est pourtant bien simple. Ce pays a acquis son indépendance il y a quelques dizaines d'années. Et on a instauré ici, comme dans la plupart des pays d'Afrique, la démocratie africaine ".

Pangloss : " C'est parfait la démocratie ! Et pourquoi africaine ? "

Fortuné Bigboss : " La démocratie africaine est différente de la démocratie occidentale fondée sur le suffrage universel et l'égalité des chances pour tous. Ici, au départ, tous les pauvres ont la même chance. La démocratie africaine est basée essentiellement sur le bakchich et l'égalité des chances pour tous. La société africaine fonctionne donc avec deux moteurs : le bakchich et le putsch. Chaque individu est susceptible d' accéder au pouvoir en utilisant ces atouts.Une fois au pouvoir, il agit, en toute légitimité, comme bon lui semble. Les pauvres restent pauvres et ne perdent donc rien dans l'affaire ".

Nos voyageurs étaient surpris par cette étrange conception africaine de la démocratie. Ils déambulaient dans une paisible avenue de la capitale où l'artisanat ancestral voisinait avec les échopes de téléphonie portable et les cybercafés.

Soudain, des rafales de mitrailleuses crépitèrent. Des véhicules blindés bloquèrent l'avenue. La foule se dispersa comme une volée de moineaux. Nos quatre voyageurs, encerclés par des soldats armés jusqu'aux dents, furent conduits, sans ménagement, dans les locaux de la police où on les encagea.

Pendant trois jours, la démocratie africaine fonctionna à plein régime. Après la phase des bakchichs généreusement distribués, un nouveau venu avait pris sa chance et brillamment réussi son coup d'état. Il est bien connu qu'un putsch qui réussit se transforme en coup d'état. C'était le 179ème en 52 ans. La démocratie africaine pouvait se targuer de fonctionner admirablement. Les dommages collatéraux étaient dans la norme : 87 égorgements, 132 récalcitrants passés par les armes, toute la petite famille (que 47 individus, hommes-femmes-enfants) du défunt président sabrée. Une opération irréprochable.

Le nouveau pouvoir se mit en place. L'ex-caporal ne s'arrogea, avec modestie, que quatre fonctions : Président de la République, Premier Ministre, Ministre des Finances et du Trésor et Ministre de la Police, des Armées et de la Sécurité Anti-Coups d'Etats.

Le Président de la République, Premier Ministre, Ministre des Finances et du Trésor, Ministre de la Police, des Armées et de la Sécurité Anti-Coups d'Etats, installa, comme il est de coutume, toute sa famille proche (97 personnes) aux leviers de commande du nouveau régime. Il ouvrit des comptes bancaires numérotés dans la plupart des paradis fiscaux et commença immédiatement à les irriguer en aspirant toutes les richesses du pays, richesses qu'il avait durement obtenues et méritées. Appliquant à la lettre la real politik, tous les états de la planète reconnurent sans délai le nouveau président et son gouvernement familial.

Dans le feu de l'action, la nouvelle démocratie avait quasiment oublié nos voyageurs qui croupissaient au fond d'une cellule de la prison bondée de la capitale.

Au bout de quelques jours, Fortuné Bigboss, au carnet d'adresses toujours efficace, réussit, au moyen d'une poignée de dollars, à contacter un haut responsable d'une compagnie pétrolière américaine qui opérait dans le pays. Ce fut un jeu d'enfant, un jour et quelques milliers de dollars plus tard, de faire libérer les 4 prisonniers.

Les dernières ambitions ayant été satisfaites, le pays était redevenu très calme. Les pauvres étaient demeurés pauvres, pas plus. Mais chacun avait de nouveau sa chance. Dans l'ombre, une nouvelle génération de comploteurs préparait tranquillement le prochain putsch.

Nos quatre héros décidèrent de quitter cette paisible démocratie africaine où l'ordre règnait dans le meilleur des mondes possibles. Ils se dirigèrent vers une autre démocratie africaine réputée pour la sagesse de ses habitants et leur humeur pacifique.

 

Chapitre 9 : Une démocratie tolérante

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